" Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre. Mais il est très avantageux de lui représenter l’un et l’autre. 
Il ne faut pas que l’homme croie qu’il est égal aux bêtes, ni aux anges, ni qu’il ignore l’un et l’autre, mais qu’il sache l’un et l’autre. 
L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête.
S’il se vante, je l’abaisse ; s’il s’abaisse, je le vante ; et le contredis toujours, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible. 
Que l’homme maintenant s’estime à son prix. Qu’il s’aime, car il y a en lui une nature capable du bien ; mais qu’il n’aime pas pour cela les bassesses qui y sont. »
PASCALPensées

Cette pensée se vérifie toujours autant de nos jours. Mais il convient sans doute de remplacer le terme de "bête" par "diable" : sans cela, on se montre injuste à l'égard de nos colocataires, les animaux.

C'est sans doute un des traits qui différencie le plus nettement les humains des autres animaux : la capacité qui leur a été donnée de libérer leurs démons les plus effrayants ou leurs pulsions les plus admirables, suivant les circonstances.

On pense souvent qu'il y a des pervers d'un côté et des saints de l'autre, avec toutes les nuances entre les deux. Mais on a vu parfois les mêmes personnes endosser ces différents habits à quelque temps d'intervalle : ainsi, au Rwanda, les hutus, en 1994, sont devenus les génocidaires de leurs voisins tutsis ; dans les Balkans, au Liban, en Irak, etc ...on a vu des peuples, qui coexistaient paisiblement et se liaient souvent par des mariages, devenir subitement des ennemis implacables.

On retrouve ces phénomènes tout au long de l'histoire : alors, où est le progrès que l'humanité est censée réaliser, selon notre aspiration la plus répandue vers davantage de paix et d'entente durable entre les hommes ? Et de la même manière, au niveau individuel, ne sommes-nous pas déçus et frustrés lorsque nous constatons dans nos comportements des régressions affligeantes ? 

On a l'impression que, au fil du temps, l'évolution de l'humanité la conduit vers une exacerbation de ces pulsions antinomiques  : ainsi, depuis un siècle, elle connait des épisodes de meutres de masse et de conflits multiformes qui ne semblent pas près de finir ; et dans le même temps, il s'est développé un courant humanitaire étonnant pour venir en aide aux victimes des guerres, des caprices de la nature, des maladies et de la pauvreté.

L'aspiration à la paix et au développement harmonieux est sans doute la plus belle et la plus forte de nos utopies, c'est à dire "un lieu qui n'existe pas", selon le sens originel. Mais l'utopie a une grande utilité : elle donne à l'humanité et à chacun d'entre nous une raison de poursuivre son existence et sa recherche au milieu de ce contexte paradoxal.

Alors,  laissons-nous entraîner par notre étoile, l'Utopie, sans oublier la pensée de Pascal !