Je me suis aperçu que la majorité des religions instituées avaient beaucoup brodé sur ces thèmes. On se rend compte que les notions de lois, de jugements et de condamnations sont essentielles dans ces institutions qui fonctionnent à la manière des sociétés civiles. En effet, pour elles, que deviendrait le monde (leur monde …) si on ne mettait pas en place de tels garde-fous ?

En revanche, si on s’affranchit de ces préoccupations,  portées par ailleurs par les sociétés civiles, et que l’on adopte une approche de connaissance métaphysique, on voit que plusieurs axes de réflexion dans l’histoire ont conduit à une vision dépassant la morale primaire concernant le bien et le mal, le bonheur et le malheur, la souffrance et le plaisir : les taoïstes, les stoïciens, les adeptes de la dialectique de Zénon et de Hegel, et d’autres ont cherché à donner un sens non « judiciaire » à ces valeurs opposées.

De la même manière, si l’on pense que l’univers fonctionne selon des principes analogues dans toutes ses dimensions, on constate que la « loi des transformations » des taoïstes y est à l’oeuvre depuis l’origine des temps. Les premières étoiles sont nées, ont vécu et sont mortes après avoir élaboré de nouveaux atomes dont elles ont ensemencés leur voisinage, ce qui a donné naissance à de nouvelles étoiles qui ont poursuivi ce chemin. Et ainsi, au bout de 9 milliards d’années et de nombreux cycles de destructions et de créations nouvelles, notre terre est apparue, riche des 92 éléments du tableau des atomes et d’un potentiel d’apparition de la vie.

Alors, ne serait-ce pas plus facile pour tous les penseurs d’admettre que tout ce qui nous heurte, chagrine, scandalise ou effraie constitue un élément du moteur des transformations à tous les niveaux ; on admet les tremblements de terre et autres catastrophes naturelles qu’on n’a pas le pouvoir d’empêcher ; et on trouve inadmissible la permanence de guerres , d’attentats, d’injustices et autres faits sociaux détestables.

En réalité, rien ne nous empêche de chercher à nous prémunir contre ces causes de souffrance tout en admettant qu’ils font partie du moteur de l’évolution du monde. Lorsqu’on prend des dispositions pour limiter leur survenue, la justification directe de ces mesures par le désir de s’éviter des malheurs est suffisante. Pourquoi convoquer une « justice éternelle » ?

Quand on ajoute un aspect de jugement éternel, on se pourrit la vie et on désespère de l’avenir. Par ailleurs on se condamne, à l’instar de beaucoup de religions, à ne jamais rendre compatible la confiance dans le moteur suprême (appelé généralement Dieu, Energie ou Vie) et ces événements fâcheux pour lesquels on est amené à instituer une entité opposée (appelée généralement Diable, Malheur ou Mort) . Et on instaure une guerre sans fin entre ces 2 entités avec un partage des rôles pas toujours clair, puisque le Dieu de certains est parfois un grand justicier impitoyable. Quel mauvais roman ! …