Chacun a pu expérimenter cette voix qui participe de différentes manières à son dialogue intérieur.

Il y a la voix "ordinaire" : c'est celle qui, selon les moments, se rattache à nos pulsions ou notre sur-moi, s'agissant tantôt d'une voix débridée ou tantôt d'une voix correctrice. 

Il y a aussi la voix qu'on peut appeler "inspiratrice" : elle vient de plus loin. Parfois, dans la nuit, lors d'insomnies ou au réveil, elle nous souffle des solutions à des questions que nous nous posions. On la nomme souvent "intuition".

Il y a aussi une voix que l'on pourrait nommer "la voix de l'ange" : c'est celle qui nous guide vers le lieu où nous avions égaré un objet , celle qui nous fait trouver une place de parking dans un moment crucial, celle qui nous amène à rencontrer une personne qui sera importante pour nous,  etc ... C'est elle qui nous guide dans le monde de la "synchronicité", c'est à dire le monde où les évènements semblent être coordonnés mystérieusement.

Cette dernière voix a été souvent invoquée par des personnages célèbres : bien sûr, on pense à Jeanne d'Arc à Donrémy, mais aussi à Mahomet avec son dialogue avec l'ange Gabriel, à Jésus avec ses dialogue avec "son père", à Socrate et son "daïmon", qui lui a valu d'être condamné et exécuté pour athéisme car il ne faisait confiance qu'à lui au détriment des dieux du panthéon grec, à Assurbanipal, roi de Ninive, guidé par son "dieu gardien", tel que représenté sur le bas-relief conservé au musée de l'Ermitage. 

Mais le commun des mortels, qui fait aussi l'expérience de cette voix particulière, la nomme tantôt "ange gardien", tantôt "bonne étoile", tantôt du nom d'un très proche décédé, tantôt du nom d'un "saint", tantôt encore d'un autre personnage de nature divine.

Khalil Gibran appelait cette voix "le grand Moi", représentant comme une extension à caractère divin de la personne, à même de guider le "petit moi" de chacun.

Les indiens yaquis, selon ce que rapporte l'ethnologue Castanéda, distinguent dans la personne le "tonal" qui est la personne ordinaire perçue par elle-même et par les autres et le "nagual" qui est comme un être intérieur immortel, rattaché au grand Etre qui organise l'univers : le nagual construit la personne à sa naissance et l'habite jusqu'à sa mort, au cours de laquelle il rejoint le grand Etre. Il joue un rôle de ressource durant la vie de la personne.

Ainsi, on peut constater que cette voix intérieure trouve son origine, selon les conceptions de chacun, tantôt à l'intérieur de la personne dans une partie plus profonde d'elle-même, difficile à atteindre et à identifier, tantôt à l'extérieur, devenant alors un être distinct de la personne, de nature divine ou au moins immortelle.

Le système de représentation théiste,  plus ou moins anthropomorphe peut se rattacher à cette expérience commune à tous les humains de la voix intérieure.

L'apôtre Jean, au début de son évangile, a écrit : au début, était le "logos", traduit de manière discutable par le "verbum" en latin et par la parole en français. Dans cette acception, il aurait, lui aussi, perçu une voix, à l'origine de tout ? ...