Dans les premiers jours de la séparation, d'une part on a l'impression que la personne disparue est encore là ; d'autre part, elle nous parait être dans un état de bonheur et elle nous inspire des sentiments très positifs à son égard. C'est pour cela que l'on a tendance à ne retenir d'elle que ses bons côtés : sans doute est-on alors influencé par son nouvel état qui semble très positif et lumineux. Dans ces premiers jours, la communication avec elle semble encore possible et facile.

Puis vient le temps du deuil.

Il y a le deuil qu'on pourrait appeler "manqué" qui peut prendre 2 formes :
- la volonté d'oublier la personne qu'on a perdue et de passer à une autre étape ; dans ce cas, on efface toute trace, tout souvenir et tout rappel.
- l'autre scénario est celui où on a besoin de maintenir intacte la souffrance de la perte et dans lequel tout ce qui nous distrait ou distancie de cette souffrance est refusé fermement.

Et il y a le deuil "réussi" : dans ce cas, le lien avec la personne disparue est maintenu à travers tout ce qui continue à nous relier à elle . C'est comme si on continue à vivre avec elle, mais d'une façon différente puisqu'elle n'est plus complètement là : à la fois, on revisite les moments passés avec elle, en comprenant souvent mieux son comportement d'alors et le nôtre et on peut aussi dialoguer avec elle par la pensée par rapport au présent.

On peut dire que le deuil est réussi si cela se fait de manière de plus en plus apaisée et naturelle au fur et à mesure que le temps passe, en laissant s'éteindre les regrets par rapport à ce qu'on aurait dû faire ou dire quand il en était temps. L'acceptation de la séparation se fait d'autant mieux que cette séparation n'est pas totale puisque la personne disparue est encore présente dans notre vie et participe à sa manière à notre vie. Cette présence varie beaucoup suivant les cas : parfois, la personne disparue se manifeste dans les rêves ou dans certains moments où l'on ressent sa présence ; parfois, la présence est plus discrète et se passe davantage dans nos dialogues intérieurs.
Ce deuil réussi a non seulement l'avantage de nous apaiser par rapport à la séparation mais il est aussi une aide très précieuse dans la gouvernance de notre vie en nous aidant à mieux comprendre notre histoire passée et en nous apportant une source possible de conseil et de soutien dans le présent. 

Il est fréquent que les personnes que nous côtoyons évitent de faire la moindre allusion à la personne disparue : ils craignent d'avoir à partager quelque chose avec nous concernant cette personne, soit parce qu'ils s'imaginent que cela va raviver notre souffrance, soit parce qu'ils pensent qu'un tel échange va être pénible pour eux. 
Ils se trompent complètement : la personne qui vit un deuil a le plus grand besoin d'échanger sur ce sujet non pas pour qu'on s'apitoie sur elle mais parce qu'il s'agit d'une expérience très forte qu'elle a envie de partager; le partage ne ravive pas la souffrance mais contribue au contraire à l'apaiser ; et un tel échange peut être très enrichissant pour l'interlocuteur.
A noter que ceux qui vivent un deuil "manqué" ne souhaitent pas de tels échanges et donnent raison à ceux qui ne cherchent pas cet échange de toute façon ...